CORÉE DU SUD


Les législatives d'avril 
Par Clémence Gaborieau

  • Régime politique : république
  •  Mode d’élection présidentielle: scrutin direct
  • Mandat présidentiel: 5 ans
  • Président sortant : Lee Myung  Bak
  • Parlement : un seul Parlement, qu’est l’Assemblée Nationale ou Kukhoe avec des députés élus pour 4 ans
  • Date de l'élection: législatives le 11 avril 2012 et présidentielles en décembre 2012


Elections majeures du continent asiatique en 2012, les législatives d’avril et les présidentielles de décembre en Corée du Sud ne peuvent être dissociées. De grands changements sont attendus qui pourraient bouleverser le paysage politique sud-coréen et sa place dans la région asiatique.

Pour comprendre les enjeux de ces deux élections il faut remonter en novembre 2011 aux élections municipales de Séoul qui sont connues pour être très représentatives de la population du pays. La capitale de la Corée du Sud a élu comme maire Park Won Soon un activiste n’appartenant à aucun parti politique majeur. [1] Cette élection a fait couler beaucoup d’encre à Séoul et est sans aucun doute un signe de changement et d’espoir pour beaucoup de coréens désintéressés de la vie politiques. Le thème des élections est donc présent dans tous les esprits et la mobilisation va surement être sans précédent.

La première échéance d’avril
Ces élections ont pour but de renouveler les 299 députés de l’Assemblée Nationale, l’unique pouvoir législatif du pays. Aujourd’hui, la majorité des députés sont issus du GPN (Grand Parti National) correspondant au parti conservateur. C’est également de cette force politique qu’est issu l’actuel président sud-coréen, Lee Myung Bak.² Le parti a fait savoir que son programme serait articulé autour de trois grands domaines : « la sécurité sociale axée sur le bonheur des citoyens, l’emploi et enfin une économie de marché équitable ».³ Mais les conservateurs en place avec le GPN vont devoir aller au-delà de ces quelques idées pour convaincre le peuple car l’opposition évolue.

Autre grand parti pour les législatives, le PDU (Parti Démocratique Unifié) principale force d’opposition du pays.³ Ce dernier entend bien conquérir la majorité à l’Assemblée en vue de préparer les prochaines élections présidentielles de décembre. En effet, cela permettrait aux démocrates d’être davantage présents dans le paysage politique. Son programme se veut défenseur d’une « démocratie économique » avec une « aide sociale universelle, et une augmentation des taxes sur les hauts revenus ».³

A noter également la montée du Parti Progressiste Unifié, sorte d’extrême gauche cherchant à critiquer les actions du pouvoir en place et à s’établir comme premier parti d’opposition en Corée du Sud.⁴
C’est donc dans ce contexte que les sud coréens devront choisir s’ils veulent continuer avec les conservateurs du GPN ou un changement avec les partis d’opposition. A l’heure actuelle, les sondages donnent le PDU des démocrates en tête des intentions de vote pour avril.

Au-delà des législatives, de vrais enjeux pour la Corée du Sud
L’année 2012 va être un tournant pour l’organisation politique du pays. Les législatives seront le premier pas vers l’élection que tout le monde attend : les présidentielles de décembre. Aujourd’hui les candidats ne sont pas officiellement connus mais certaines personnalités se démarquent déjà. Le président en place, Lee Myung Bak ne peut se représenter selon la Constitution qui ne permet qu’un seul mandat. [1]  Mais le parti conservateur du GPN entend bien rester au pouvoir. Sa représentante pour les élections de décembre n’est autre que Park Geun Hye, la fille de l’ancien président coréen de 1963 à 1979, Park Chung Hee. Surnommée la « Margaret Thatcher coréenne » elle a repris les rennes du parti et souhaite convaincre par son grand déterminisme.²

De l’autre côté, l’opposition n’est pas entièrement organisée même si le PDU a nommé à sa tête Han Myong Sook, ancienne premier ministre qui souhaite mener les démocrates au pouvoir.⁴ Les observateurs pensent donc que les législatives d’avril vont annoncer le parti gagnant en décembre. Cependant, un autre facteur vient s’ajouter aux élections présidentielles : les candidats indépendants, sans étiquettes politiques mais déjà très plébiscités par la population. Suivants l’exemple de Park Won Soon aux municipales de Séoul, ils sont persuadés que « les citoyens ont voté contre l’ancien régime ».[1]Autrement dit, la population sud coréenne est lassée de l’éternel affrontement entre démocrates et conservateurs et serait prête à soutenir un candidat indépendant. Certains sont bien connus des médias et des sondages même s’ils ne sont pas officiellement en lice, c’est le cas de Ahn Chol Su.⁵ Ce riche homme d’affaires est très bien placé dans les intentions de vote pour décembre et craint par les autres partis.

L’élection sera donc sans précédent car deux femmes représenteront surement les partis traditionnels et des acteurs indépendants pourraient leur voler la vedette.

Autre enjeu majeur des élections d’avril, le futur des relations avec la Corée du Nord. Récemment, après la mort de son dirigeant Kim Jong Il, Séoul a décidé de durcir le ton avec Pyongyang chose qui ne plait pas à tous les sud coréens et surtout pas aux démocrates. A noter que la Corée du Nord a décidé de lancer un nouveau satellite, opération de grande envergure pour célébrer l’anniversaire de Kim Il Sung le même jour que les élections législatives du 11 avril.⁶ Affaire à suivre donc tout comme les relations du président Lee Myung Bak avec les Etats Unis et notamment l’accord de libre échange de décembre dernier encore très critiqué.⁷

Un dernier facteur majeur des législatives sera sans aucun doute le rôle de la jeunesse. Auparavant sans opinion et très peu considérée par les programmes politiques, elle est aujourd’hui au cœur de toutes les discussions. Une jeunesse de plus très connectée car la Corée du Sud est le pays qui bat tous les records en terme d’accès aux haute technologies.⁵ Ainsi pour comprendre les enjeux, il faut aller au-delà des partis politiques traditionnels, l’avenir du pays c’est les jeunes et ces derniers veulent le changement. Ils fondent donc de grands espoirs dans les élections législatives d’avril. S’ils arrivent à mobiliser la population pour voter le changement alors selon eux, tout est possible pour les présidentielles de décembre. 

*Les références bibliographiques sont situées sous l’onglet RÉFÉRENCE, classées par numéro sous le nom de l’article. 

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