Les élections législatives en Géorgie : un réel impact?*
Par Camille Gauvin-Rossignol
Source: http://eternalremont.blogspot.ca/2008/09/saakashvilis-good-news.html
|
Résumé de la situation en Géorgie
La question de la Géorgie est intéressante puisque ce pays a connu non seulement une guerre civile, de nombreux systèmes politiques mais également de nombreux remaniements de la Constitution au cours des dernières années. Toutefois, le système politique a su garder la même base, soit une base où les pouvoirs sont centrés vers une seule et même personne, le président, malgré la présence d’un premier ministre1. Par ailleurs, les partis de l’opposition sont principalement d’ordre révolutionnaire et leur action politique est de trouver un moyen pour renverser le pouvoir dans un pays où la corruption est encore présente1. Ce billet porte ainsi sur les principaux enjeux des élections législatives qui auront lieu en octobre prochain.
Informations générales2
Régime politique : Présidentiel
Mode d'élection (présidentielle ou législative) : Le président est élu selon le mode uninominal à 2 tours. Pour le gouvernement, 75 membres sont élus selon le mode proportionnelle et 75 membres sont élus selon le mode uninominal à un tour.
Président sortant / Chef du gouvernement : Mikhail Saakashvili est le président et le premier ministre est Nikoloz Gilauri.
Mandat: (présidentiel ou législatif) : Pour le président le mandat est de 5 ans et pour le gouvernement, le mandat est de 4 ans.
Parlement : Chambre unicamérale composée de 150 sièges
Date de l’élection : octobre 2012
Principaux partis politiques
En Géorgie, les partis politiques ont une faible ligne de parti et les programmes politiques sont plus ou moins bien définis. Ils ont principalement une vision populiste1. Voici donc une courte description de quelques partis du Parlement géorgien.
National Forum [Kakhaber SHARTAVA]3
Source: http://www.civil.ge/eng/article.php?id=24418
|
Créé en 2006, le but principal de ce parti est de faire échouer le parti au pouvoir lors des élections législatives et d’établir des réformes à l’intérieur du pays. De plus, il est d’avis que la Géorgie doit adopter une position neutre sur la scène internationale, notamment par un refus de rejoindre l’OTAN4.
Our Georgia-Free Democrats [Irakli ALASANIA]5
Source: http://www.civil.ge/eng/article.php?id=20101
|
Parti de centre-droit créé en 2009, il privilégie les libertés individuelles et l’établissement de la démocratie, passant notamment par l’indépendance du système judiciaire). Il souhaite également créer de l’emploi, instaurer une économie de libre marché et instaurer des mesures pour faire diminuer la pauvreté et protéger et aider les personnes les plus démunies.
Republican Party [David USUPASHVILI]6
Source: http://www.georgiatimes.info/en/news/66803.html
|
D’une idéologie libérale et conservatrice le parti, actif depuis 1978, présente les idées suivantes : l’entrée de la Géorgie dans l’OTAN et dans l’Union européenne, l’économie de marché, la pluralité politique, la présence d’institutions démocratique dans le pays et l’indépendance des médias.
United National Movement [Mikheil SAAKASHVILI]7
Source: http://www.geotimes.ge/index.php?m=home&newsid=8756
|
Le parti de Saakashvili, créé en 2001, souhaite principalement aider au développement de la société tout en favorisant une transition démocratique en privilégiant notamment les libertés individuelles. L’intervention de l’État dans les affaires économiques et le commerce fait également parti de ses objectifs principaux.
Democratic Movement United Georgia [Nino BURJANADZE]8
Source: http://en.rian.ru/exsoviet/20100303/158078515.html
|
Grand défenseur de la démocratie et de la liberté individuelle, le parti, qui a été fondé en 2008, désire l’entrée de la Géorgie dans l’OTAN et dans l’Union européenne. Sur le plan national ses principaux objectifs sont les suivants: la réunification avec les mouvements séparatistes, le développement de la culture de même que l’économie de marché, la sécurité nationale et l’impartialité de la justice.
Enjeux politiques
La Géorgie tente depuis la fin de la Révolution des roses en 2003 de se rapprocher d’un système de plus en plus démocratique9. En effet, plusieurs changements positifs ont été effectués pour le bénéfice de la population. Cependant, cette époque semble avoir pris fin au cours des dernières années, marquée par un pouvoir de plus en plus centralisé. Saakashvili, le président, est très controversé dans sa façon de gouverner le pays. Plusieurs critiquent sa façon de voir l’État, c’est-à-dire qu’il incarne l’État, ce qui freine le développement de l’État en augmentant la pauvreté et diminuant la liberté de presse10. Cette diminution de la liberté de presse, qui favorise le parti au pouvoir, nuit à l’opposition, l’empêchant de faire une percée lors des élections législatives.
La corruption
La Révolution des Roses a été bénéfique pour le pays notamment au niveau de la corruption. Saakashvili a profité de sa position pour apporter de nombreuses modifications dans la fonction étatique. En effet, les structures gouvernementales ont été retravaillées afin de les rendre conformes au reste de l’Europe et l’éradication de la corruption a été un succès selon le dernier rapport de la Banque mondiale sur la corruption (2011)11. De plus afin de montrer une plus grande transparence, il n’a pas hésité à licencier près de 80% des douaniers, et plus de 2000 fonctionnaires occupant des postes inutiles11.
Bien que la Banque mondiale félicite ces modifications qui semblent avoir porté fruit, la population et l’opposition ne l’entendent pas de la même façon. En effet, pour la chef du parti Democratic Georgia United Movment qui a été aux côtés de Saakashvili lors de la Révolution des roses en 2003, ce dernier s’éloigne de plus en plus de ses objectifs initiaux et entreprend, comme il a été mentionné ci-haut, une importante centralisation des pouvoirs vers le Président12. Malgré une certaine diminution de la corruption, cette dernière est toujours très présente. En effet, en 2011, l’indice de corruption était de 4,1 (Transparency International)13, alors qu’il était de 3,4 en 200714, ce qui dénote une certaine amélioration, mais très loin devant les pays occidentaux.
La société
La population géorgienne a connu certaines améliorations dans ses conditions de vie au cours des dernières années, mais celles-ci demeurent également très faibles en comparaison avec le reste de l’Europe. À titre d’exemple, le PIB par habitant de la Géorgie en 2010 était de 2690 $USD contrairement au reste de l’Europe qui avait un PIB par habitant moyen de 38 524 $USD15. Par ailleurs, le chômage semble être un important problème au sein de la population. En effet, malgré les nombreux changements apportés par Saakashvili, le chômage a fait un bon de 45% entre 1999 et 2008, pour atteindre un maximum de 35% cette année-là16. Par ailleurs, les estimations du chômage pour 2011 sont de 42%, ce qui créé un véritable problème pour la population16.
Au niveau des libertés individuelles, chaque parti ou presque milite en faveur de leur émancipation. La liberté de presse est réduite à néant, Saakashvili les ayant placé les médias sous son autorité, ce qui brime non seulement les problèmes vécus par la population qui ne sont pratiquement pas dévoilés et qui brime l’opposition qui ne peut utiliser cette plateforme pour faire valoir ses opinions12. En décembre dernier, le parlement a voté en faveur de la limitation de la liberté d’association17. Il faut mentionner que le parti de Saakashvili détient plus de 80% des sièges au Parlement (119 sièges sur 150)18.
L’Union européenne et l’OTAN
Les relations entre la Géorgie et l’Union européenne ont débuté suite à l’indépendance de la Géorgie en 199219. Elles se sont intensifiées en 2003 et les désirs de la Géorgie d’adhérer l’UE sont de plus en plus grandissants18. En effet, des réformes ont été entreprises sur les plans économiques afin de répondre aux exigences. Tant l’UE que la Géorgie travaillent en collaboration afin de permettre à cette dernière d'y adhérer éventuellement et de se rapprocher de l’Occident.
En ce qui concerne la question de l’OTAN, de nombreux partis politique, de même que Saakashvili souhaite l’adhésion de la Géorgie au cours des prochaines années. Cependant, les chances du pays ont été diminuées en 2008, lorsque la Géorgie est intervenu militairement en Ossétie du Sud, tuant plusieurs centaines de civils et mettant fin aux relations diplomatiques avec la Russie qui est intervenue militairement dans le conflit12.
En conclusion, pour les partis de l’opposition, les élections législatices ne changeront probablement rien la situation interne de la Géorgie puisque Saakashvili a réussi à soumettre les institutions gouvernementales sous son autorité. Pour ces partis, la démission du Président est ce qui fera changer les choses, puisque présentement une absence de libertés individuelles, de presse et d’indépendance judiciaire empêche tant les partis politiques et que la population d’entreprendre des mesures afin d’obtenir une plus grande transparence lors des élections. Ainsi, suite à cette courte analyse, l’État semble faire beaucoup pour se faire remarquer sur la scène internationale, mais le principal enjeu demeure la situation sur le plan intérieur qui n’évolue que très lentement.
*Les références bibliographiques sont situées sous l’onglet RÉFÉRENCE, classées par numéro sous le nom de l’article.






Aucun commentaire:
Publier un commentaire