Les élections présidentielles russes: un vainqueur déjà annoncé*
Par Camille Gauvin-Rossignol
Le 4 mars dernier, les élections présidentielles russes ont eu lieu1. Vladimir Poutine a été réélu pour la troisième fois depuis son entrée en politique. Retour sur cette élection controversée, dont le gagnant avait déjà été prédit.
Informations générales2
Régime politique : présidentiel
Mode d'élection (présidentielle) : majoritaire uninominal à 2 tours, suffrage universel direct
Président sortant : Dmitri Medvedev
Nouveau Président : Vladimir Poutine
Mandat présidentiel : Président élu pour 4 ans (avant 2012) et peut effectuer 2 mandats consécutifs. Depuis 2012, peut être réélu pour 2 mandats consécutifs de 6 ans chacun.
Parlement : Assemblée fédérative bicamérale. Composée du Conseil de la Fédération (178 sièges) et de la Douma d’État (450 sièges).
Date de l’élection : 4 mars 2012
Les candidats
Les élections présidentielles russes ont opposés cinq candidats. Vous trouverez ci-dessous un résumé de ces derniers ainsi que les principaux aspects de leur campagne.
Vladimir Jirinovski3
Source: http://larussiedaujourdhui.fr/articles/2012/02/08/presidentielle_russe_la_course_a_cinq_14199.html
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Vladimir Jirinovski, chef du Parti-libéral-démocrate n’en était pas à sa première candidature aux élections présidentielles, mais il en était plutôt à sa cinquième tentative. Pour cette élection, il a principalement misé sur les droits des russes ethniques et la nationalisation de certains secteurs comme l’industrie pétrolière et gazière4. Malgré ses nombreuses frasques (il a pris part à de nombreux procès), Jirinovski est considéré par les experts comme étant constamment préparé et connaissant tant ses adversaires que les désirs de la population russe. Résultat des élections du 4 mars 2012 : Suite aux élections, Jirinovski n’a obtenu que 6,24% des voix5.
Guennadi Ziouganov3
Source: http://larussiedaujourdhui.fr/articles/2012/02/08/presidentielle_russe_la_course_a_cinq_14199.html
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Chef du Parti communiste, Guennadi Ziouganov s’assure inlassablement de la participation des communistes aux élections présidentielles. Ce parti semble le seul parti à faire une réelle opposition au parti Russie Unie qui était dirigé par Vladimir Poutine. Ses principales préoccupations demeurent l’emploi, l’industrie et les conditions de vie des classes inférieures de la société russe. Pour cette élection, il désirait la nationalisation des secteurs suivants : secteur énergétique, institutions financières, industrie aéronautique et le transport ferroviaire. Il promet également de rendre l’éducation publique gratuite4. Résultat des élections du 4 mars 2012 : Il a terminé second, derrière Vladimir Poutine, avec à peine plus de 17% des voix5.
Sergueï Mironov3
Source: http://larussiedaujourdhui.fr/articles/2012/02/08/presidentielle_russe_la_course_a_cinq_14199.html
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Chef du parti Russie juste depuis près de six ans, son influence reste assez faible dans le pays. Sous prétexte qu’il soutien les lignes directrices proposées par Vladimir Poutine et qu’il se refuse de soutenir la ligne directrice du parti Russie Unie, la population ne fait aucunement confiance en cette homme qui adopte des positions totalement contradictoires, l’empêchant ainsi de devenir un véritable leader. Dans un programme qui manquait de clarté, il promettait, dans le cas où il était élu, de devenir Président par intérim afin de déclencher de nouvelles élections présidentielles en 2013. Sa campagne présidentielle ressemblait en tout point à celle de Ziouganov notamment en ce qui concerne la nationalisation de plusieurs secteurs industriels4. Résultat des élections du 4 mars 2012 : Il n’a obtenu que 3,84% des voix5.
Mikhaïl Prokhorov3
Source: http://larussiedaujourdhui.fr/articles/2012/02/08/presidentielle_russe_la_course_a_cinq_14199.html
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Homme d’affaires milliardaire, Prokhorov n’est membre d’aucun parti politique. Plutôt méconnu dans la sphère politique, il s’est avéré être le candidat surprise de la campagne présidentielle. Son programme en a surpris plusieurs également. Axé sur l’entreprise privée, il souhaitait faire diminuer le rôle de l’État dans l’économie et réformer le système fiscal. De plus, il désirait développer les petites et moyennes entreprises, lutter contre la corruption et les pots de vin et finalement, améliorer le niveau technologique de la production. Au niveau des relations internationales, il a mentionné son intérêt de développer les relations avec l’Union européenne et de protéger la Russie de l’industrie chinoise, tout près de la frontière russe4. En conséquence, il a délaissé les classes les plus appauvries de la Russie pour se concentrer sur les classes moyennes. Résultat des élections du 4 mars 2012 : Prokhorov n’a obtenu que 7,7% des voix5. Toutefois, il a recueilli la majorité des votes des Russes ayant voté en France6.
Vladimir Poutine3
Source: http://larussiedaujourdhui.fr/articles/2012/02/08/presidentielle_russe_la_course_a_cinq_14199.html
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Grand vainqueur de cette élection présidentielle, Vladimir Poutine n’en était pas à ses débuts en politique. Considéré comme l’homme fort de la Russie, il s’est présenté aux élections en possédant un entourage administratif important, lui garantissant quasiment la victoire. Sans réel programme électoral, il a misé principalement sur sa confiance, son calme et la stabilité qu’il apporterait à la Russie. Il a tout de même spécifié des points qui lui tenaient à cœur notamment le renforcement du complexe militaro-industriel, censé devenir le moteur de l’économie russe4. Toutefois, les principaux adversaires de Poutine n’ont pas été les autres candidats, mais plutôt le tout nouvel électorat ayant grandi dans les années 1990 et qui a obtenu le droit de vote. Ces derniers ont lourdement manifesté au cours de la campagne présidentielle. Résultat des élections du 4 mars 2012 : Grand vainqueur des élections, il a été élu pour une troisième mandat avec près de 64% des voix5.
Particularités de l’élection
En septembre 2011, Dmitri Medvedev a proposé la candidature de Vladimir Poutine pour la présidentielle du 4 mars 2012 dernier7. En effet, Medvedev avait confirmé qu’il ne se représenterait pas pour un second mandat contre Vladimir Poutine. Il s’efface ainsi devant son mentor politique, soit celui qui l’a propulsé au poste de Président quatre ans plus tôt. L’avenir de Medvedev avait également été décidé à l’époque. Il deviendra le chef du gouvernement7. Suite à cette décision, des critiques fustigent de toutes part à contre Vladimir Poutine. En effet, plusieurs lui reprochent d’avoir créé un système politique sur mesure, réduisant à néant l’opposition7.
Depuis le mois de décembre 2011, où Vladimir Poutine a été réélu au poste de premier ministre, de nombreuses manifestations ont eu lieu, dénonçant le résultat des élections et les nombreuses fraudes qui ont été déclarées8. Ces manifestations ainsi ont donné le ton de la campagne présidentielle4. En effet, certains ont manifesté jusqu’à l’élection afin de sensibiliser la population contre les politiques de Poutine et ont milité pour des élections justes et équitables4. D’autres individus ont également répliqué en manifestant afin de soutenir Vladimir Poutine8. Les autres candidats ont également effectué leur campagne électorale par le biais de manifestations, critiquant vivement Vladimir Poutine et son retour au Kremlin.
Au sein même de la population, il est possible de dénoter deux grands mouvements. D’une part, les individus qui se rappellent les difficultés vécues lors des années où Boris Eltsine était au pouvoir et qui ne souhaitent plus vivre cette période à nouveau9. Ceux-ci voient en Poutine le sauveur de la Russie. D’autre part, une partie de la population, plus jeune, qui souhaite incontestablement des changements et qui militent pour des élections honnêtes. Ce mouvement, composé principalement de jeunes s’ouvre beaucoup plus au monde et a conscience des avancées dans d’autres États démocratiques9.
Aucun candidat, à l’exception de Ziouganov, n’a promis au cours de cette élection de diminuer le fossé entre les classes sociales qui est pourtant catastrophique au niveau des revenus9. Il faut mentionner que les partisans de Poutine sont ceux qui ont le plus bénéficié de ses années au pouvoir comme président9. Par ailleurs, en analysant les programmes de chacun candidat, il est possible de remarquer les nombreuses différences entre ceux-ci, à l’exception d’un seul point, soit celui de vouloir renforcer la Russie.
Pour faire diminuer les fraudes massives comme celles vécues lors de l’élection du premier ministre en décembre dernier, Poutine a demandé l’installation de caméras-web dans les bureaux de vote afin d’assurer une plus grande transparence5. Un investissement de 500 millions de dollars5. Évidemment, il n’a pas été impossible de faire disparaître toute trace de fraude, certaines caméras ont cessé de fonctionner, mais les élections ont quand même gagné un peu de transparence auprès de la population par le biais de cette technologie. Il faut également mentionner que près de 700 observateurs internationaux5 et nationaux ont supervisé ces élections afin d’éviter la fraude11.
Suite aux élections, il est possible de dénoter plus de 1000 plaintes enregistrées et ce, principalement à Moscou11. De nombreuses manifestations ont également eu lieu suite à la réélection de Poutine dans les jours ayant suivi les élections. Les six prochaines années seront déterminantes pour la Russie et sa population qui réclament la transparence de l’État.
*Les références bibliographiques sont situées sous l’onglet RÉFÉRENCE, classées par numéro sous le nom de l’article.






Bonjour,
RépondreEffacerTout d'abord, j'aimerais vous féliciter pour cet article, très constructif et intéressant.
Les élections russes ont beaucoup fait parler d'elles ces derniers temps et se sont retrouvées au centre d'une grande polémique. Il n'y a eu aucune surprise car tout le monde savait que Vladimir Poutine serait réélu malgré toutes les critiques.
Je pense que ces élections sont paradoxales et que les russes n'avaient pas de choix. Comme vous le disiez, les années Eltsine ont été un échec pour le pays et la population avait besoin de changement. Quand Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir en 2000, il a bénéficié d'un environnement économique très favorable et grâce au développement du pétrole, il a été capable de rembourser intégralement la dette du pays, ce qui lui a permis d'attirer la sympathie et la confiance de la population. De plus, il possède les caractéristiques d'un leader car c'est un homme très charismatique et sure de lui. D'un autre coté, il est autoritaire, il n'hésite pas à utiliser la violence et les menaces, et la population est consciente de cela.
En ce qui concerne les fraudes, il est difficile de savoir car en effet, beaucoup de moyens ont été mis à disposition pour pour les éviter. Néanmoins, je trouve étrange que les autres candidats, aient un telle différence de résultat avec Poutine.
Selon moi, la population préfère fermer les yeux et pense que malgré ses défauts, Poutine reste quand même la meilleure personne pour diriger le pays et c'est pour cela, que les russes l'ont choisi pour les 12 prochaines années.
Merci pour votre commentaire.
EffacerEn effet, comme vous l’avez fait remarquer, il est surprenant de voir les différences de résultats entre les candidats. Comme il a été mentionné dans l’article, de nombreuses fraudes ont été constatées au cours de cette élection présidentielle. Il est fréquent de voir voter des personnes décédées ou encore des personnes emprisonnées. Cependant j’ignore jusqu’à quel point les élections ont pu être truquées. Peut-être que l’éternel numéro deux, Ziouganov, chef du Parti communiste, aurait pu être élu à la tête du pays sans ces fraudes, ce que nous ne saurons jamais.
Un autre aspect que j’ai trouvé intéressant au cours de mes recherches est celui où la popularité des autres candidats est plus grande auprès des Russes à l’extérieur du pays. En effet, bien que Vladimir Poutine soit extrêmement populaire auprès de ces derniers, il faut mentionner que candidat Prokhorov a tout de même volé la vedette à l’homme fort de la Russie auprès des Russes de France et de Grande-Bretagne.
J’Ignore cependant si la population préfère se fermer les yeux sur la situation, surtout suite aux nombreuses manifestations qui ont eu lieu et qui ont servies à critiquer le régime de Poutine et ce, même après les élections. Cependant, malgré ses nombreuses manifestations, un récent sondage montre que 48% [1] des Russes souhaitent que Poutine se représente en 2018, montrant ainsi une confiance absolue envers cet homme.
Camille Gauvin-Rossignol
[1] 48% des Russes veulent que Poutine se représente à la présidentielle en 2018, par RIANOVOSTI http://fr.rian.ru/politique/20120316/193923381.html, (dernière consultation le 28 mars 2012).
Bonjour,
RépondreEffacerMerci pour cet article pertinent dans sa totalité.
Les élections en Russie ont suscité beaucoup de questions, de commentaires, d'analyses et de pronostiques tantôt favorables a Vladimir Poutine, ou sonnant le glas de son régime. Cette élection vient confirmer la puissance de Vladimir Poutine et la force de sa stratégie sur la géopolitique, en ceci que la Russie veut retrouver sa confiance en sa puissance militaire d'autrefois. Malheureusement l'opposition qui maitrise mal ses stratégies, n'arrive pas a mieux s'organiser pour faire face a Vladimir Poutine qui incarne (selon son culte de la personnalité) les valeurs perdues Russes aux yeux du monde.
Mais la question qui demeure est celle de savoir si le projet militaro-industriel de Vladimir Poutine ne va pas entamer un climat de tension avec les États-Unis tel que vécu par le passé?
Merci pour votre intervention,
Narcisse.
Merci Narcisse pour votre commentaire. La question soulevée est très intéressante. En effet, nous constatons depuis les dernières années que la Russie souhaite retrouver sa force d’antan sur le plan militaire. Je tenterai donc de répondre brièvement à votre question.
EffacerPoutine a bel et bien mentionné au cours de la campagne qu’il souhaitait renforcer le complexe militaro-industriel afin d’en faire l’une des forces principales de la Russie. Tant les Etats-Unis que la Russie restent confiants qu’une entente concernant la défense antimissile est toujours possible entre les deux pays, même s’ils ne s’entendent pas sur certains points à propos du bouclier [1]. Il faut toutefois préciser que ces propos ont été mentionnés par Barack Obama et Dmitri Medvedev la fin de semaine dernière à Séoul. Dorénavant, c’est Vladimir Poutine qui sera chargé de cette question, ce qui créera peut-être plus de tensions, ou plutôt de flammèches, entre les Etats-Unis et la Russie que sous le règne de Medvedev, qui a été un président moins féroce que Poutine.
Par ailleurs, afin de favoriser le développement de ce complexe militaire, la Russie vient de prendre entente avec la Chine pour lui vendre des avions de chasse, une transaction estimée à 4 milliards de dollars [2]. Cette vente à un pays qui aspire à devenir une puissance mondiale peut être mal vue par les Etats-Unis qui investissent d’importantes sommes en matière de défense.
De plus, les récentes déclarations du vice-premier ministre concernant les missiles russes qui peuvent percer les meilleurs boucliers anti-missiles peuvent placer les Etats-Unis en position de défense [3]. Chose certaine, nous ignorons jusqu’à quel point ce projet est avancé ou jusqu’à quel point il sera développé, mais pour l’instant je crois que les annonces qui sont faites cherchent avant tout à tenter de redorer l’image de la Russie d’un point de vue militaire.
Je ne crois pas que des tensions telles que vécues au cours de la Guerre froide se rétablissent entre la Russie et les Etats-Unis. Il peut y avoir certaines prises de position différentes, mais il faudra surveiller les prochaines déclarations des deux États pour en avoir le cœur net.
Camille Gauvin-Rossignol
[1] Zoom sur la presse russe – mardi 27 mars, par RIANOVOSTI, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://fr.ria.ru/gros_titres/20120327/194050852.html, (dernière consultation le 28 mars 2012).
[2] La Russie pourrait vendre à la Chine 48 avions de chasse, par TFI, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://lci.tf1.fr/filnews/monde/la-russie-pourrait-vendre-a-la-chine-48-avions-de-chasse-7039393.html, (dernière consultation le 28 mars 2012).
[3] Les missiles russes capables de percer n’importe quel ABM, par RIANOVOSTI, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://fr.ria.ru/defense/20120323/194015966.html, (dernière consultation le 28 mars 2012).