ÉGYPTE

Chaque citoyen peut aspirer à la présidence!*
par Kenza KBABRA


Régime politique
Régime politique : République présidentielle
Mode d’élection présidentielle: Suffrage universel
Mandat présidentiel: 6 ans

Parlement : bicaméral (le conseil consultatif (Majilis Al-Shura) composé de 264 sièges et l’assemblée du peuple (Majlis Al-Sha'b) contenant 498 sièges)

Président sortant/nouveau président
Président sortant : Housni Moubarak
Président par intérim : Muhammad Hussein TANTAWI

Date de l'élection présidentielle

1er tour: 23 mai 2012
2è  tour: 16 juin 2012


 Place Tahrir Square en Egypte: un an après les manifestations

Suite aux manifestations du peuple égyptien entamées en 2011 qui réclamaient la fin d’un régime ayant excédé en durée le quart de siècle, les élections législatives tenues au début de l’année 2012 ont donné lieu à la montée au pouvoir des partis islamistes dont le parti de la Liberté et de la Justice des Frères musulmans (parti musulman modéré) avec 235 sièges et le parti Al Nour du mouvement salafiste (parti ultraconservateur) avec 125 sièges soit un total de 360 sièges sur les 498 sièges du parlement.

Présentation des partis
Les élections législatives de 2012 ont débouché sur la montée au pouvoir des partis suivants:  

Le parti de la liberté et de la justice (Al-Hurriyya wa al ‘Adala), formé par les frères musulmans en mai 2011. C’est le parti dominant du pays, il fait partie d’une alliance démocratique incluant des partis politiques de gauche et libéraux lui permettant d’améliorer son image de « parti politique islamiste ». Il a pour président Mohammed Morsi. 

Le parti de la lumière (Al Nour), parti politique salafiste fondé après les manifestations de janvier 2011. Il est aussi le membre fondateur et le parti majoritaire de l’alliance islamique. Son président est : Emad ad-Din Abd al-Ghofour. 

Le bloc de l’égypte (Al-Ketla al-Masriyya), principale alliance libérale du pays. Il regroupe le parti des égyptiens libre, le parti social démocratique et le parti du rassemblement (Al Tagammu). 

Le parti de la délégation (Al Wafd), établi depuis les années cinquante. Il essaie de trouver sa place dans la nouvelle Égypte. Son président : Sayyid al-Badawi.  

L’achèvement de la révolution (Istikmal al-Thawra) : cette alliance inclut des socialistes, des libéraux et des partis islamistes modérés. On retrouve parmi d’autres le parti de l’alliance socialiste populaire, le parti sufi pour la libération égyptienne, Al Nahda, le parti de l’égalité et du développement, et la coalition de la jeunesse révolutionnaire.

Présentation des candidats 
Les principaux candidats à la présidentielle sont les suivants :

Amr Moussa (candidat indépendant): 

Il est le sixième secrétaire général de la Ligue des États arabes et ex-ministre des affaires étrangères. Il bénéficie aussi d’une grande popularité aux côtés du peuple égyptien.

Mohamed Selim Al Awa (candidat indépendant): 

ll est l’ex-secrétaire général de l'union internationale des oulamas (en français : savants) musulmans est avocat et penseur islamique. Il est aussi à la tête de l'association égyptienne pour la culture et le dialogue.  Il soutient une vision islamiste qui comprend le pluralisme et la dévotion à la démocratie. Sa campagne électorale met l’accent sur le droit et un pouvoir judiciaire indépendant. 

Abd Almounim Abou Alfoutouh (candidat indépendant): 

Il est le secrétaire général actuel de l’union médicale arabe. Il est connu comme étant un penseur musulman modéré.  

Hazem Salah Abou Ismail (Candidat indépendant): 

Il est un penseur islamique très connu au pays. Il estime que la sharia n’est pas assez présente dans la constitution égyptienne. Il soutient l’interdiction du port du bikini, du jeu et de la consommation d’alcool ainsi que l’obligation de la tenue islamique et la mise en œuvre de la finance islamique.

Hamdeen Sabahi (alliance démocratique): 

Il est fondateur et membre actif de l’association nationale pour le changement. Il a d’ailleurs participé, et depuis le premier jour, aux manifestations de 2011. 

Boutatina Kamel (candidate indépendante): 

Elle est la première femme égyptienne à aspirer à la présidentielle. Avant le début des manifestations, elle animait une émission intitulée « s’il vous plait comprenez-moi » qui discutait de sujets liés à la vie politique et sociale en Égypte. En tant que militante égyptienne, elle a monté une organisation « Shayfincoum » (en français : « on vous observe ») qui a pour objectif de suivre la performance du gouvernement et la lutte contre la corruption. La campagne électorale de Mme. Kamel défend le droit à la vie, à la liberté et à la dignité humaine.


Particularités de ces élections
Alors que le parti politique de la liberté et de la justice préfère jouer le rôle de soutien au prochain président élu, tout citoyen égyptien désirant se présenter comme candidat à la présidentielle a la possibilité de le faire sous certaines conditions : être né de parents égyptiens et obtenir l’approbation de trente députés ou de trente mille citoyens dans quinze des dix huit provinces de l’Égypte. Selon le Washington post, des centaines de personnes auraient entamé les premières procédures afin d’être éligibles[1].

Principaux Enjeux 

Crise économique[2]: l’économie était en croissance de 7%/année avant le début des manifestations. Le dernier chiffre enregistré représente une croissance de moins de 2%.
L’insécurité : les coptes, représentant les dix millions d’égyptiens de confession chrétienne, peuvent être menacés dans le nouveau climat politique. La sécurité et la liberté de la femme égyptienne risque aussi d’être compromise. La torture endurée par Samira Ibrahim, une jeune manifestante qui été arrêtée le 9 mars 2011, et l’atteinte à sa dignité (elle a été forcée de subir un test de virginité) peut en être un exemple.  
Définition de la démocratie égyptienne : les deux chambres du nouveau parlement vont élire cent membres pour l’écriture de la nouvelle constitution s’inspirant de la Charia.
Le secteur touristique[3]  : la montée au pouvoir de partis islamistes risque d’avoir un impact sur le secteur touristique du pays qui contribue à 11.3% du PIB.  
Les relations Égypte-États-Unis[4]: Le défi du nouveau président élu et des nouveaux partis au pouvoir est de maintenir cette relation privilégiée qui perdure depuis trente ans. Le gouvernement américain envoie chaque année à l’Égypte 1.3 milliards de dollars (1/5 du budget de l’armée égyptienne) et injecte 250 milliards de dollars dans son économie.



*Les références bibliographiques sont situées sous l’onglet RÉFÉRENCE, classées par numéro sous le nom de l’article.

4 commentaires:

  1. Bonjour,
    Je crois que ce sont des élections à suivre avec intérêts. Principalement à cause du changement que cela entrainera dans les autres pays. Pouvez-vous me dire vos prédictions concernant
    les candidats potentiels ?
    Louis-Philippe Préfontaine-Dastous équipe sur la coopération entre les pays émergents

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    1. Bonjour Louis-Philippe,

      Je vous remercie pour l’intérêt que vous portez à cet article. Effectivement, ce sont des élections qui suscitent un intérêt particulier du fait que le président sortant a été au pouvoir pendant trois décennies. On s’attend, alors, de voir si vraiment le changement tant proclamé par la population égyptienne aboutira finalement.

      Nous pouvons constater, d’une part, que les élections législatives ont connues la montée au pouvoir du parti de la liberté et de la justice des frères musulmans ainsi que du parti de la lumière du mouvement salafiste. La prise du pouvoir par ces deux partis peut propager le doute par rapport à l’ampleur et à la forme que prendra le changement tant espéré.

      D’une autre part, le parti de la liberté et de la justice, représenté par 235 sièges contre 125 pour le parti de la lumière sur les 498sièges du parlement, est membre de l’alliance démocratique du pays et se défend comme étant un soutien à toute personne élue à la présidence.

      Ainsi et étant donné l’influence et la popularité des candidats cités dans l’article, quoiqu’ils visent une population différente, la réussite du cheminement à la présidence d’un candidat sur un autre dépendra, à mon humble avis, de quatre facteurs :

      1. Les intérêts du parti au pouvoir vs. les principaux enjeux cités dans l’article.
      2. La culture démocratique de ce même parti au pouvoir(est-ce une réelle ouverture démocratique ou seulement une image qu'il veut projeter à la scène publique?)
      3. Le nombre des citoyens égyptiens qui se reconnaissent à travers l’un des candidats et leur volonté de voter pour celui-ci.
      4. La transparence de la conduite de ces élections.

      Rendez-vous donc le 23mai pour un 1er tour!!

      Au plaisir,

      Kenza K.

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  2. Bonjour,
    Étroitement liée au sujet traité dans le blogue de notre équipe, soit les courants islamiques au pouvoir,
    cette analyse vient réitérer mon questionnement sur la dualité de la démocratie et de l'Islam. Est-ce réellement possible de croire à leur coexistence ?
    Ève

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    1. Bonjour Eve,

      Je vous remercie aussi pour l’intérêt porté à cet article. En effet, il apparait que les manifestations du «printemps arabe» ont, pour leur majorité, favorisé la montée au pouvoir des partis a idéologie religieuse. De plus, l’appréhension qu’a l’opinion publique mondiale vis-à-vis de ces partis à cause des événements comme celui du 11 septembre 2001, ne favorise guère leurs popularités au niveau de la scène internationale.

      Si l’on peut définir la démocratie comme étant le respect de l’opinion majoritaire malgré qu’elle soit à l’encontre de notre choix individuel, la pratique de la démocratie sous le pouvoir de ce type de parti dépendra, à mon humble avis, de l’esprit démocratique de celui-ci (son niveau d'ouverture et de tolérance par rapport au respect du choix de la majorité) et de l’ampleur des enjeux nationaux et internationaux auquel le pays doit faire face.

      Toutefois, l’absence de religion privilégie-t-elle toujours la pratique de la démocratie?!

      Au plaisir,
      Kenza K.

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