TIMOR LESTE


LES PRÉSIDENTIELLES AU TIMOR-LESTE
Par Mathieu Garon

source: Lirio Da Fonseca / Reuters
Ce billet dresse un portrait de la situation quelques jours avant les élections présidentielles au Timor-Leste en présentant la situation, les principaux candidats et les différents enjeux.  Un second billet fera le point suite aux résultats du premier tour (voir LES RÉSULTATS DU PREMIER TOUR au bas de la page).

Les présidentielles au Timor-Leste

En bref :

°          Régime politique : République
°          Mode d’élection présidentielle: Suffrage universel
°          Parlement : Monocaméral
°          Président sortant : Jose Ramos-Horta
°          Mandat présidentiel: 5 ans
°          Date de l'élection: 17 mars 2012

C’est dans quelques jours que le Timor-Leste tiendra les deuxièmes élections présidentielles de son histoire depuis l’indépendance en 2002.  Le premier tour est prévu ce samedi 17 mars.  Jose Ramos-Horta élu en 2007 avec 69% d’appui, a annoncé que très récemment (février 2012) sa candidature pour un second mandat.

Bien que les dernières élections en 2007 aient été prétexte à des affrontements violents, les élections de cette année se déroulent jusqu’à présent dans un climat de paix.   Malgré tout, l’ONU a prolongé le mandat de la Mission intégrée des Nations Unies au Timor-Leste (MINUT) afin d’assurer le bon déroulement des élections.

Outre le président sortant, 12 autres candidats tentent leur chance à la présidence, dont deux femmes.  Voici une brève présentation des principaux candidats pour cette élection, incluant celle du président sortant :

José Ramos Horta (président sortant)
À 63 ans, cet homme politique récipiendaire du prix Nobel de la paix en 1996 devra rallier ses supporteurs s’il espère être réélu. Lors de son mandat précédent, M. Horta fut à l’origine de plusieurs réformes visant à accroître le pouvoir politique associé au poste de président.  Ce geste, perçu par plusieurs comme un geste visant à renforcir son pouvoir personnel, fut mal reçu tant au sein de la population civile qu’au sein des instances gouvernementales. Tout ceci pourrait jouer en sa défaveur lors du prochain vote.

Francisco Guterres
Aussi connu sous le nom de "Lu Olo",  M. Guterres âgé de 57 ans, est actuellement le président du parti FRETILIN (Revolutionary Front for an Independent East Timor-Leste ).  Il était parmi les combattants de la ‘guerrilla’ qui luttèrent contre l’armée indonésienne tout au long du processus d’indépendance, avec à ses côtés son principal adversaire dans cette course, Jose Maria Vasconcelos.

En 2007, il remporta avec une faible majorité le premier tour des élections présidentielles devant Jose Ramos-Horta, mais dû s’incliner devant ce dernier lors du second tour. Entre 2002 et 2007, il fut président du Parlement National en plus de  participer à l’élaboration de la Constitution.

Jose Maria Vasconcelos
Connu sous le nom de ‘guerrier’ Taur Matan Ruak, il fut un haut gradé des forces armées du Timor-Leste  (F-FDTL) jusqu’en 2011.    À 56 ans, il est considéré comme un candidat important. Il endosse les couleurs du parti National Congress for Timor-Leste Reconstruction (CNRT), parti formant actuellement l’opposition officielle.  Son parcours dans l’armée lui permet de compter sur de nombreux appuis au sein des militaires.
De plus, celui-ci peut compter sur l’appui du Premier ministre du pays M. Gusmao et forme avec ce dernier, une coalition importante.


Fernando "Lasama" de Araujo
Candidat connu, il occupa la présidence par intérim pendant deux mois en 2008 pour pallier à l’absence du président Horta suite aux blessures subies lors d’un attentat.  Il se présente sous la bannière du Democratic Party (PD).  Son message est apprécié principalement par le jeune électorat du pays.  Mais malheureusement pour lui, des conflits au sein du parti lors de la campagne électorale ont affaibli sa position.

Les autres candidats sont: Rogerio Lobato, José Luis Guterres, Lucas Da Costa, Manuel Tilman, Francisco Xavier, Angelita Pires, Maria do Céu da Silva Lopes et Francisco Gomes.


Les principaux enjeux

Après de nombreuses années de violence, la majorité des candidats s’entend sur plusieurs points, notamment l’importance de mettre en place des actions qui permettraient le renforcement des institutions démocratiques.  Certains, comme M. Guterres, espèrent voir la nouvelle constitution occuper plus de place au sein des processus législatifs.  Quant au départ imminent des troupes de l’ONU du Timor-Leste, il y a là aussi consensus.

Aux prises avec des taux élevés de malnutrition chez les enfants, ce pays, parmi les plus pauvres de l’Asie, doit aussi lutter contre le taux de mortalité infantile élevé.  De plus, la tuberculose et le sida font partie des préoccupations sanitaires actuelles.

Sur le plan économique, l’adoption en 2005 de la ‘Petroleum Fund Law’ ainsi que la création du ‘Petroleum Fund’ a permis à l’État d’engranger près de 8,3 milliards de dollars et ce afin de moderniser le pays.  L’enjeu politique est donc de savoir comment cet argent sera dépensé.

D’autres problématiques font partie des préoccupations de certains candidats, mais occupent une place moindre dans le débat actuel: l’équité des sexes, l’accès à la scolarité et le développement durable.


La grande distinction entre les candidats

Ce qui risque d’influencer le vote autant que le contenu des plates-formes électorales est le pédigrée des candidats.  En effet, il est possible de séparer les principaux candidats selon qu’ils soient issus du milieu militaire ou bien issus du milieu intellectuel et politique.  Pour ce pays aux prises avec des conflits armés pendant plus de trente ans, les candidats provenant du milieu militaire peuvent compter sur un appui important de la part de la population.  En effet, une forte proportion de la population s’est battue pour l’indépendance du Timor-Leste aux cotés de ces anciens hauts gradés maintenant convertis en politiciens.  Ces derniers ont donc gagné la confiance des citoyens.

Or,Taur Matan Ruak utilise de façon efficace son image et ses discours d’ancien militaire pour rallier les vétérans et l’armée actuelle, en promettant que cette dernière jouera un rôle important dans la gouvernance du pays.  Francisco Guterres, un autre candidat au passé militaire, a quant à lui gagné sa notoriété alors qu’il combattait au sein de la ‘guérilla’.  Par contre, ses propos se rapprochent de plus en plus de ceux des politiciens modernes, lui permettant de rejoindre un grand nombre d’électeurs.

Perçu par certains comme une rhétorique, le discours des ‘‘hommes politiques’’ tel que M. Horta ou M. de Araujo, parvient difficilement à faire son chemin auprès des anciens combattants.  Malgré cela, certains sont prêts à faire confiance à une structure gouvernementale plus moderne, axée vers la démocratie et séparant le rôle de l’armée et le rôle politique.

C’est ainsi qu’un des enjeux principaux lié à cette élection est le choix entre une structure démocratique plus traditionnelle pour ce pays, dans laquelle l’armée jouera un rôle important ou bien une structure démocratique plus 'moderne', où les responsabilités civiles ne seront pas sous la gouverne des militaires.



LES RÉSULTATS DU PREMIER TOUR (en date du lundi 19 mars 2012)

Bien que le dépouillement ne soit pas encore totalement complété, le président sortant, José Ramos Horta  ne sera pas réélu pour un second mandat.  En effet, avec un peu plus de 80% des bulletins de vote dépouillés, c’est Francisco Guterres et Jose Maria Vasconcelos connu sous Taur Matan Ruak) qui s’affronteront au second tour avec respectivement 28% et 25% du vote lors du premier tour.

Ces élections sont un succès jusqu’à présent en raison du climat de calme et de paix qui caractérise le processus.  Ceci démontre bien que le pays est en transition et vise l’instauration d’une démocratie saine et équitable.

*Les références bibliographiques sont situées sous l’onglet RÉFÉRENCE, classées par numéro sous le nom de l’article.

3 commentaires:

  1. je me rappele comment ils ont souffert pour arriver à l'independance! Bravo pour le choix! Jose maria Horta est devenu apparrament un dictateur! Vous confirmez?

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    1. Je suis désolé j'ai oublié de préciser mon nom.
      Eric Mugisha

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    2. Bonjour Éric

      Jose Ramos-Horta a reconnu sa défaite dès le premier tour des élections et n’a pas tenté d’influencer le scrutin suite à ce dénouement. Il a assuré qu’il remettrait le pouvoir au vainqueur du second tour. Qualifier M. Horta de dictateur me semble exagéré. Selon la définition, le mot dictateur réfère à : « Chef d’État qui s’est emparé du pouvoir et qui l’exerce sans contrôle démocratique ». Ce qui n’est pas le cas ici, puisque ce dernier fut élu démocratiquement en 2007. Par contre, tel que mentionné dans le billet ci-dessus, plusieurs personnes lui ont reproché d’être à l’origine de certaines réformes visant à accroitre les pouvoirs du président.

      Pour ce qui est de l’ascension à l’indépendance :

      Effectivement, la marche vers l’indépendance du Timor fut longue et pénible. Ce territoire fut occupé par des puissances coloniales dès 1514 [1]. Après plus de 4 siècles d’occupation, cette ancienne colonie portugaise s’est finalement affranchie de l’emprise coloniale. Malheureusement pour le peuple, ce fut au tour de l’Indonésie d’occuper militairement le pays dès 1975. À cette époque, ce petit pays ne pouvait compter sur l’appui de la communauté internationale. Entre autres, car : « Les États-Unis voulaient donc, selon la terminologie employée à l’époque, « éviter l’émergence d’un nouveau Cuba ». » [2]. Il aura fallu 25 ans de combat pour finalement parvenir à l’indépendance, réalisée en 2002.

      Mathieu Garon

      Références :

      [1] Stéphane DOVERT Timor Loro Sa’e, un nouvel État à l’heure du village global ?Réflexions sur nos mythes et nos modes IRASEC (Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine), Disponible en ligne :: http://www.lusotopie.sciencespobordeaux.fr/dovert.pdf

      [2]Idem

      Dictionnaire Larousse site internet officiel, disponible en ligne : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/dictature/25352

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