Mali : une élection présidentielle sous haute tension!
par Mélissa Rouillard Volle
Régime politique
Régime politique: présidentiel
Mode d’élection présidentielle: scrutin majoritaire à 2 tours, suffrage universel direct
Mandat présidentiel: 5 ans, maximum de 2 mandats
Parlement: bicaméral, Assemblée nationale (147 députés)
Président sortant/ Nouveau président
Amadou Toumani Touré
Date de l'élection
1er tour: 29 avril 2012
2e tour: 13 mai 2012
Opposition et démocratie
Le président sortant Amadou Toumani Touré alias ATT
Source: http://www.starafrica.com/fr/actualites/detail-news/view/le-president-malien-accuse-les-rebelles-222868.html
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Ayant été élu comme candidat indépendant, Amadou Toumani Touré a exercé le pouvoir avec un gouvernement de consensus composé de plusieurs partis politiques. Seul le Parti de la Solidarité Africaine pour la démocratie et l’Indépendance (SADI) exerce une forme d’opposition à l’Assemblée nationale. D’ailleurs, le SADI conteste l’organisation du scrutin de 2012, car l’opposition n’a obtenu qu’un siège sur la Commission électorale nationale indépendante (CENI) en charge de contrôler l’organisation et le bon déroulement des élections[1]. L’opposition a fait la requête de la moitié des sièges du CENI ; ce qui a été tranché négativement par la Cour Suprême le 11 octobre 2012 du fait que l’opposition ne représente que 4 députés sur l’ensemble des 147[2].
Des anciens et des nouveaux candidats
Le départ d’ATT laisse le champ libre au retour de plusieurs anciennes personnalités politiques maliennes. L’ancien président et premier ministre Ibrahim Boubacar Keita se porte candidat pour le Rassemblement pour le Mali (RPM), l’ancien président de l’Assemblée nationale Dioncounda Traoré pour l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (ADEMA-PASJ) ainsi que l’ancien ministre de la République Soumaïla Cissé pour l’Union pour la République et la démocratie (URD)[3]. Le Dr Oumar Mariko se représente aux élections présidentielles comme candidat du SADI pour une 3e fois. Des nouveaux venus, tels qu’Ahmed Sow et Jeamille Bittar, sont des proches du Parti pour le développement économique et la solidarité (Pdes) mais disposent de leur propre parti soit l’Association des amis et sympathisants d’Ahmed Sow (ASAS)[4] et l'Union des Mouvements et Associations pour le Mali (UMAM)[5].
Des élections probables?
Dr Oumar Mariko, candidat présidentiel du SADI
Source: http://www.journaldumali.com/article.php?aid=713
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Le président ATT (Amadou Toumani Touré) laisse son siège alors que son pays est en pleine tourmente suite aux attaques du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) sur l’intégrité territoriale du Mali. Les Touaregs revendique l'autodétermination sur le territoire de l'Azawad et disposent du support de l'AQMI, soit l'Al-Qaida au Maghreb islamique pour la fourniture d'armes[6]. ATT s’est fait une réputation de soldat de la démocratie pour avoir renverser le régime militaire de Moussa Traoré, avoir géré le processus de transition démocratique et être accédé au pouvoir par des élections libres et démocratiques. Dans cette logique, Touré devrait rendre les armes le 29 avril 2012 pour faire élire un successeur au poste de président. Toutefois, plusieurs s’opposent à la tenue d’une élection alors que sévissent les combats entre l’armée malienne et le MNLA au nord du pays et près de 195 000 maliens sont réfugiés[7]. C’est notamment le cas d’Oumar Mariko de la Solidarité Africaine pour la démocratie et l’Indépendance (SADI) qui a affirmé le 15 mars dernier qu’il faut «… renoncer à l’organisation des élections et consacrer toutes les ressources disponibles à l’objectif majeur de la défense de l’intégrité territoriale et conclure une paix juste…»[8].
D’ailleurs, les fonctionnaires de la région de Kidal affirment que les conditions de sécurité ne permettent pas d'envisager la tenue de ces élections et plusieurs menacent de quitter la région en cas de tenue d’élections[9]. Les rebelles descendent de plus en plus au Sud et font reculer l’armée malienne. Après avoir occupé les casernes d'Aguellok, d'Amachache et de Tinzaouatene, ils contrôlent maintenant la quasi-totalité de la région de Kidal[10]. Toutefois en entrevue au Figaro, le président Amadou Toumani Touré affirme que les élections du 29 avril prochain auront bel et bien lieu, car seulement 2% de la population malienne se trouverait dans la difficulté d’aller voter[11].
*Les références bibliographiques sont situées sous l’onglet RÉFÉRENCE, classées par numéro sous le nom de l’article.



Bonjour,
RépondreEffacerMerci pour cet article qui relate la situation du Mali.
Cependant, je ne suis pas vraiment d'accord avec la question "les élections probables " : les élections étaient probables, car le président en place n'était pas candidat, et surtout pour préserver le nom de la démocratie malienne ne pas repousser les élections.
Bien sûr le problème sécuritaire est une donnée à ne pas négliger, mais le peuple malien (les tamasheqs incluent, ont aussi le droit et le devoir de faire entendre leur voix, qui sait, le successeur d'ATT entamera le dialogue)
À la vue de l'actualité : Coup d'État de la junte militaire contre le pouvoir en place, que pensez-vous de la démocratie malienne ? N'est-on pas dans un cycle "d'alternance démocratique" ? (Après un coup d'État en 91, on fait face à un autre coup d'État 20 ans après)
Maintenant, les élections sont compromises, et on ne sait pas jusqu'à quand.
Ce coup d'État pour ma part bafoue ce pour quoi des maliens ce sont battus et sont morts 20 ans plus tôt et surtout, a à peine un mois des élections présidentielles.
Le modèle démocratique de la sous-région se trouve vraiment mal mené, et c'est dommage.
Bonne soirée
Khadidjatou K.
Bonjour,
EffacerMalheureusement, votre indignation s’est réalisée avec le coup d’état militaire qui vient d’avoir lieu au Mali le 21 Mars, cette semaine. Le coup d’état s’est aboutit avec la prise du pouvoir par quelques éléments de l’armée malienne dirigée par le Capitaine Amadou Sanogo. Selon les dernières nouvelles, le président actuel du Mali Amadou Toumani Touré est introuvable, mais serait toujours protégé par la garde présidentielle loyaliste1.
D’après les nouvelles sur BBC (la radio et télévision anglaise), les putschistes du coup d’état au Mali accusent le gouvernement de ne leur avait pas donné assez d’armement pour défendre le territoire malien contre les rebelles Touaregs du Nord du pays. Dans cette situation insurrectionnelle que se trouve le Mali, bon nombre d’africains se posent la question de savoir si le motif évoqué par les putschistes suffirait pour faire un coup d’état. Voici la réponse qu’a livrée le chef des putschistes le capitaine Sanogo sur les antennes de Radio France Internationale (RFI) il y a de cela deux jours. Voici la question de RFI et la réponse du capitaine Sanogo ci-dessous.
«RFI : Pourquoi ce coup d’Etat ?»
«Capitaine Amadou Sanogo : (…) Tout le monde est conscient de la cherté de la vie, il n’y a pas eu d’école depuis deux décennies, tout le monde n’a pas accès aux soins de santé, l’équité n’existe pas. C’est révoltant (…)»
La réponse du Capitaine putschiste laisse croire que les putschistes revendiquent non seulement les armes pour défendre le territoire malien contre les touaregs soutenus par l’AQMI (groupe d’Al-Qaeda au Maghreb), mais aussi, il s’érige en défenseur de la cause de la société civile malienne aussi. Cette réponse ci-haute du capitaine montre que ce monsieur nourrit aussi des ambitions politiques pour peut garder le pouvoir. Ceci peut être constaté dans la réponse du capitaine lorsqu’il dit : «Tout le monde est conscient de la cherté de la vie, il n’y a pas eu d’école depuis deux décennies, tout le monde n’a pas accès aux soins de santé, l’équité n’existe pas. C’est révoltant. On passe (…)».
Pour cela, les bonnes consciences craignent que le même cas ivoirien relaté ci-haut ne se reproduise au Mali. Néanmoins, il y a certains qui croient que ce coup d’état est nécessaire devant la réticence et l’incapacité du gouvernement malien de fournir l’armement capable de défendre le territoire malien aux putschistes du capitaine Sanogo. Mais, est-il vraiment nécessaire de faire un coup d’état pour réclamer plus d’armes pour défendre le territoire? Quel genre de démocratie est-il question ici au Mali si n’importe quel groupe peut se lever et prend les armes pour réclamer leur causes? Ainsi donc, on devra espérer beaucoup de coup d’états dans l’avenir. Peut-être un coup d’état des enseignants pour demande d’augmentation des salaires, des étudiants pour paiement des bourses estudiantines, de la police pour augmentation de salaires, des commerçants pour la suppression de la T.V.A, des importateurs pour la suppression des taxes douanières, etc….
Quand est-ce les hommes et femmes en uniforme en Afrique comprendront que leur devoir c’est de défendre la république et non de la détruire? Ces coups d’état ne sont que des actes qui font rétrograder l’évolution du continent entier vers la démocratie. Ceci est un coup dur à cette jeune démocratie africaine qui a connu une paix et alternance politique relative pour plus de 20ans. Même si ce coup dur qui a été infligée à la jeune démocratie malienne ne se résume pas avec un gouvernement militaire, la jeune démocratie malienne serait à jamais marquée par les blessures que lui ont infligées ce coup d’état.
Au plaisir,
Doss AKolor
Sources
http://www.bbc.co.uk/news/world-africa-17498739
http://www.rfi.fr/afrique/20120324-incertitude-le-sort-president-malien-amadou-toumani-toure
Côte d'Ivoire : coup d'état de 1999. La vérité, enfin !: la vérité, enfin, P.161, disponible en ligne a l’adresse suivante : http://books.google.ca/books
I ni che Khadidjatou,
EffacerJe comprends tout à fait ton point de vue sur la critique des « élections problables ». En effet, Amadou Toumani Touré (ATT) a travaillé à réformer la constitution pour limiter le nombre de mandats présidentiels à deux et il a affirmé à maintes reprises qu’il ne briguerait pas de 3e mandat présidentiel. Il fallait donc un remplaçant au président sortant pour permettre la pérennité de la démocratie malienne. Toutefois, au critère de régularité des élections s’oppose une réalité d’incapacité structurelle. En effet, la question du conflit au nord du pays nuit au droit de vote de plusieurs citoyens maliens L’administration malienne dans les régions nordistes a affirmé qu’elle ne serait pas en mesure de tenir un scrutin à la fin avril. Il y aurait donc eu une partie de la population sur le territoire du Mali ainsi qu’à l’extérieur (Maliens réfugiés dans les pays frontaliers) qui aurait été privée de leur droit de vote lors du scrutin du 29 avril 2012.
Toutefois, la situation a évolué très vite et voilà que le 21 mars dernier, un groupe de militaire sous l’appellation du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'État (CNRDR) et dirigé par Amadou Haya Sanago a renversé le gouvernement d’Amadou Toumani Touré. Ce qui est intéressant avec cette junte militaire c’est qu’elle affirme ne pas vouloir s’éterniser au pouvoir et vient tout juste d’annoncer l’établissement d’un gouvernement de consensus pour prévoir des « élections libres et apaisées ».
Pour Pierre Boilley, spécialiste de l’Afrique subsaharienne contemporaine et directeur du Centre d’études de mondes africains (Cemaf), le coup d’État est une mutinerie qui a été trop loin. Les soldats de la junte militaire ne constituent pas la hiérarchie dans l’armée malienne, mais se positionnent plutôt comme les représentants des soldats démunis d’équipements et d’organisation qui sont envoyés au front du Nord. Si leur action révèle des lacunes de la gestion d’ATT sur le conflit au Nord, autant elle bafoue la stabilité démocratique du Mali ces vingt dernières années. Plus d’une semaine après le coup d’État, le CNRDR ne semble pas avoir amélioré la situation au Mali. La récente avancée du MNLA vers le Sud souligne la fragilité morale et technique de l’armée nationale. De plus, la junte militaire a été condamnée plutôt que soutenue par la communauté internationale, ce qui pourrait nuire au financement de ses projets. Seul l’avenir nous dira si nous assisterons à un revirement de situation.
A be Alla bolo
Mélissa Rouillard Volle
http://www.rfi.fr/contenu/20100420-mali-limitation-nombre-mandats-presidentiels-devrait-etre-maintenue
http://www.rfi.fr/contenu/20100421-mali-le-president-amadou-toumani-toure-briguera-pas-troisieme-mandat
http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2672p010-014.xml0/
http://www.liberation.fr/monde/01012399719-mali-le-chef-de-la-junte-annonce-le-retablissement-de-la-constitution-et-des-institutions
Cher Doss korokè,
RépondreEffacerJe me demandais comment répondre à ton commentaire et je me suis dit que j’allais l’aborder sous l’angle de l’épistémologie. Qu’est-ce que cette démocratie sur laquelle nous basons la plupart des régimes politiques dans ce monde? Pour ce faire, je suis allée chercher mes notes de cours que je donnais lors de formation sur la démocratie et la citoyenneté dans une région rurale du Mali l’automne dernier. La démocratie vient de dêmos en grec qui signifie « peuple » et kratos qui signifient « pouvoir » donc pouvoir du peuple. La démocratie serait donc l’idée que le pouvoir politique appartient à l'ensemble des citoyens, ce qui fonde le principe de souveraineté. Si le pouvoir ultime relève des mains du peuple, il est souvent transféré dans les mains de représentants élus. On peut donc se demander qui détient la dernière autorité, le peuple ou les dirigeants? Il faut garder en tête que les élections sont qu’un moyen d’affirmer la souveraineté du peuple. Dans le cas du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'État (CNRDR), nous assistons à un pouvoir dictatorial ou la majorité du peuple est exclu du processus décisionnel, car il ne les a pas élus comme représentants.
Maintenant que les bases de la réflexion sont émises, nous pouvons nous attarder aux principes que la démocratie sous-tend, dont reconnaissance des libertés, notamment de pensée, d'opinion, de réunion, d'association, d'information et de mouvement. Bref, les mouvements sociaux ont le droit de revendiquer des causes pour influencer les pouvoirs publics. S’ils détiennent un peu de fonds, ils peuvent même engager des lobbyistes pour faire ce travail auprès des autorités politiques. Voilà les limites. Quand ces groupes décident de prendre les armes, ils bafouent les règles de l’État de droit qui affirme la coercition comme étant la prérogative étatique.
J’ai tenu à souligner dans mon blogue les anicroches démocratiques du gouvernement malien, dont la principale qui est l’absence d’opposition politique au sein du gouvernement de consensus d’ATT. Au sein d’une démocratie, il est primordial d’accepter la pluralité politique, notamment au sein des élections. Les différents points de vue politique et idéologique sont exprimés par la diversité des partis politiques. Le problème que j’ai observé au Mali c’est que cet élément n’est pas respecté. Il n’y a pas vraiment de partis d’idées, mais plutôt des « clans » faisant appel aux relations sociales et familiales des individus. ATT s’est servi de cette culture pour bâtir son gouvernement de consensus au sein duquel il n’y aurait pas de débats d’idée gauche/droite. Bref, ATT a bâti un système politique qui a permis à l’État malien de faire de grandes percées en termes de développement, mais qui a aussi augmenté la corruption au sein de son gouvernement. Donc, s’il n’y a pas d’opposition, qui fait le chien de garde de la démocratie en surveillant les décisions gouvernementales? À force d’aller de l’avant avec plusieurs projets de développement, ATT a finalement frappé un mur. L’absence d’opposition politique peut avoir mené au déni des problèmes rencontrés par les soldats au nord du Mali ainsi que d’autres enjeux sociaux qu’à dénoncer le CNRDR.
Je me demande donc si l’État malien avait accordé une plus grande importance aux soucis d’avoir un véritable débat démocratique au sein de son enseigne parlementaire, est-ce que la junte armée aurait prit les armes pour secouer l’opinion publique?
Dogomuso,
Mélissa Rouillard Volle
ÉQUIPE PERSPECTIVE MONDE. « Démocratie », Université de Sherbrooke, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1487 (Page
consultée le 7novembre 2011).
GAXIE, Daniel. «Démocratie », Encyclopédie Universalis,
[En ligne], 2011, http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/democratie/ (Page
consultée le 17 août 2011).